LES FILS DE L'HOMME
Fiche technique/
- Titre original : Children of Men
- Titre français : Les Fils de l'homme
- Réalisation : Alfonso Cuarón
- Scénario : Alfonso Cuarón, Timothy J. Sexton, David Arata, Mark Fergus et Hawk Ostby d'après le roman Les Fils de l'homme de P.D. James
- Direction artistique : Ray Chan, Paul Inglis, Mike Stallion (directeurs artistiques)
- Costumes : Jany Temime
- Maquillages : Graham Johnston
- Photographie : Emmanuel Lubezki
- Effets spéciaux : Frazer Churchill, Matthew G. Armstrong
- Son : Richard Beggs
- Montage : Alfonso Cuarón et Alex Rodríguez
- Musique : John Tavener
- Production : Marc Abraham, Eric Newman, Hilary Shor, Iain Smith et Tony Smith
- Sociétés de production : Universal Pictures, Strike Entertainment, Hit & Run Productions, Ingenious Film Partners et Toho-Towa ; Armyan Bernstein et Thomas A. Bliss (délégués) ; Kristel Laiblin (associé) ;Pays[2] :
Royaume-Uni,États-Unis, Japon - Genre : science-fiction (post-apocalyptique et dystopie)
- Durée[2] : 109 minutes
· Couleur - 35mm - 1,85:1 - Dolby Digital DTS
· Sortie le 18 /10/2006
Que sera le monde de demain ? Beaucoup d’œuvres cinématographiques ont répondu à cette question en donnant divers exemples de ce que peut être notre futur. Certains préfèrent se porter par le rêve et l’imagination chevaleresque des Star wars tandis que d’autres essayent une direction plus probable, prenant pour base le monde actuelle et ses problèmes sociopolitiques et accouchent de chefs d’œuvre comme mad max 2, la planète des singes, la route et les fils de l’homme.
Le futur probable du film de Cuaron montre un monde en lente agonie. En effet, nous apprenons dès les premières images qu’aucune naissance n’a eu lieu depuis plus de dix-huit ans. L’humanité se meurt à petit feu dans un climat de violence extrême.
Nous traversons ce monde avec Théo, ancien activiste politique devenu simple fonctionnaire. C’est lui qui mène le cadre, il est présent dans quasiment chaque plan du film et fait office de guide malgré lui dans ce monde où la violence est le quotidien. Le réalisateur n’emploi quasiment pas de camera subjective, l’action est filmée camera à l’épaule ce qui donne l’impression au spectateur d’accompagner le héros dans son périple.
C’est un personnage atteint par la mort de son enfant emporté par une pandémie grippal. Il erre dans ce monde en n’ayant plus foi en l’avenir, plus foi en l’être humain. Pour lui tout est fini et il attend passivement que les choses passent. C’est d’ailleurs le seul à ne pas être atteint par la mort de « bébé Diego », le plus jeune humain du monde.
On est ici dans un schéma classique d’un homme brisé qui va reprendre le dessus sur lui-même car investit d’une mission salutaire et pour lui et pour l’humanité toute entière. Notre héros va suivre un parcours initiatique qui le rendra plus fort et par la force des choses va retrouver foi en l’avenir, quitte à se sacrifier.
Comme tout parcours initiatique, Theo va s’entourer d’adjuvant. Jasper, l’ancien caricaturiste politique et désormais vendeur d’herbes, Myriam l’ex sage femme mystique qui sera une gardienne pour Kee, la bohémienne qui le guidera jusqu'à la barque dans le terrifiant camp de Bexhill. Tous ce beau monde tenterons de contrer les opposants, la police, l’armée et plus précisément le groupe terroriste des « poissons » qui milite pour la défense des clandestins et se sont mis en tête de s’accaparer du bébé de Kee à des fins politiques. Kee justement, cette clef en qui repose l’espoir du monde. Clandestine africaine (l’Afrique étant le berceau de l’humanité, juste retour des choses ?) elle porte le premier bébé depuis presque vingt ans. C’est dans une étable qu’elle montrera sa grossesse à théo (et donc au spectateur) et plaisantera elle-même quand à une origine miraculeuse de son état. Cette jeune femme apparaît ainsi comme une nouvelle « vierge Marie » inversée (elle est de couleur et selon ses dires loin d’être vierge) qui porte en elle l’espoir d’un monde nouveau et doit donc retrouver l’organisation Renouveau planétaire qui navigue sur le « tomorow », fait de scientifiques ayant pour but de guérir la stérilité du monde.
Le réalisateur choisit pour son film de filmer l'apocalypse. Ici pas d'esbroufe, celle-ci n'intervient pas après un déluge gigantesque ou une invasion extraterrestre. Ce n'est pas non plus après la bombe atomique que les rescapés tentent de survivre mais c'est la genèse même de la vie qui est attaqué, les matrices des femmes sont définitivement fermé. Quand celles qui produisent la vie ne donne plus d'enfant, l'humanité touche à sa fin, en douceur, lentement et inéluctablement.
Nous sommes en 2027, l’action du film se passe en Angleterre, seul pays à tenir encore debout dans un monde plongé dans le chaos. Des clandestins du monde entier affluent vers cet unique eldorado pour fuir la misère et la mort du reste du monde.
Alfonso Cuaron pointe du doigt le traitement des clandestins venus trouver refuge dans les pays riches. Traité pire que du bétail, ceux-ci sont battus, insultés, parqués dans des cages et pour les plus récalcitrant, abattus de sang froid. Les rafles dans les bâtiments d’habitation renvoient immédiatement à la période nazi. Ceci est une exacerbation de notre société actuel et sa façon de traiter et renvoyer manu militari les exilés clandestins. Ils se retrouvent prisonniers dans des conditions limite de détention avant d’être renvoyé par la force souvent vers le malheur qu’ils ont tenté de fuir.
En plus d’être violent et totalitaire, le monde de 2027 est gris, sinistre, stérile. Seul quelques lieux sortent du lot comme cette arche des arts tenue par le cousin de Théo, ou malgré la dominance de gris du lieu, reste un havre de paix et de bien être.
Les seules couleurs joyeuses qu’on croisera dans le film sont celle de dessins et de peintures d’enfants dans la scène de l’école désaffecté. Vestige du passé, elles rappellent le bonheur perdu du monde d’avant et restent gravés comme témoignage pour les dernières générations. Et comme le rappellera Myriam dans cette même séquence, l’absence de cris d’enfants a rendu le monde complètement fou.
Les fils de l’homme dépeint un avenir proche, apocalyptique où la violence des hommes, la soif de pouvoir et l’assouvissement des faibles ne se sont pas taris. Le monde lui-même est tel que le notre, le réalisateur ne s’est pas laissé aller à un monde high Tech comme dans Minority report, seul des écrans ultra plat et des panneaux publicitaires animés indiquent ce bond dans le temps.
Ici le filmage est d’un style documentaire, toujours en mouvement, camera à l’épaule. Très peu de plan fixe, c’est un film où les personnages se déplacent souvent. Une course contre la montre s’engage surtout lorsque Kee va avoir ses premières contactions dans la dernière séquence au camp de Bexhill. Véritable No man’s land sans foi ni loi, ou chaque groupe ethnique tente de survivre par les armes, elle se transforme en zone de guerre lorsque l’armée y pénètre pour stopper le groupe des « poissons ». La mise en scène nous offre des séquences de combat comme on en a rarement vu à l’écran. D’une grande puissance visuelle et émotionnelle, on a l’impression de regarder un reportage sur les horreurs de la guerre, appuyé par des effets simples mais intelligent comme les éclaboussures de sang sur l’objectif pour renforcer cette sensation de réalisme. Dans ce havre de violence, seul les cris perçant de l’enfant de Kee apaiseront le conflit. Le divine enfant est né et tous se courbe devant ce miracle inespéré, militaires et policiers, clandestins et mutilés oublient leur haine et leur souffrance pour ouvrir le passage de Théo et Kee vers leur but ultime, comme s’ils venaient tous de se rendre compte que l’espoir renaît.
En mer, la « vierge » et l’enfant sont seuls, le renouveau planétaire peut commencer. Tel Moise sauvé des eaux, le Tomorow apparaît, salvateur, sortant des brumes tel l’île d’Avalon loin du tumulte de la guerre, de la violence et de la souffrance que seul les cris des enfants peuvent apaiser.