LE LOCATAIRE de Roman Polanski

Publié le par LESTAT

 

  • Titre d'origine : Le Locataire
  • Titre anglais : The Tenant
  • Réalisation : Roman Polanski

Distribution

 

 

Trelkowsky, un fonctionnaire timide d'origine polonaise, visite un appartement dans un vieil immeuble de Paris. La locataire précédente s'est jetée par la fenêtre et est dans un coma profond. En lui rendant visite à l'hôpital, Trelkowski rencontre Stella, une amie de la blessée. Il l'emmène au café, puis au cinéma où ils flirtent. La suicidée décède, Trelkowsky emménage. Peu à peu, alors qu’il rencontre les habitants de l’immeuble, des incidents troublants et mystérieux commencent à se produire…

 

L’immeuble où a lieu l’action du film tient une place très importante dans la narration . Il possède une loi à laquelle Trelkowsky devra se plier : faire partie des habitants l’oblige à « être marié » avec l’endroit, à former un tout avec ses voisins et le propriétaire.

L’immeuble, lieux quasi principal de l’action est un personnage à part entière. L’appartement que visite Trelkowsky est un paisible et modeste meublé, sauf que précédemment la locataire s’est jetée par la fenêtre. De plus, celle-ci n’étant pas encore morte, l’appartement est il vraiment libre ? Dès cet instant, la visite à des allures morbides,  car pour que Trelkowsky puisse emménager, il faut que Simone Choule meure.

LE LOCATAIRE suit le schéma quasi classique du film de maison hantée avec le personnage qui pénètre dans un lieu interdit, et par sa trangression libère les traces du passé qui vont exercer sur lui une influence capitale et néfaste.

La transgression commence lorsque Trelkowsky emménage dans cet appartement, avant que la « malédiction » ne s’abatte sur lui pour avoir secrètement désiré la mort de Simone Choule et s’être approprié sa vie. Ce passage de l’intrus dans la demeure est le détonateur qui va réveiller ce qui y sommeillait.

Dés lors, ce qui aurait dû être un refuge confortable devient pour Trelkowsky un lieu de danger et d’angoisse permanant. Qui sont ses étranges voisins ? Ont-ils un secret à garder ?

On a sans cesse l’impression d’un danger imminent, les sons amplifiés des pas et des déplacements de meubles qui grincent, la musique extradiégétique de Philippe Sarde renforcent ce climat d’étrangeté.

Ces éléments formels contribuent à nous faire revivre nos anciennes terreurs, où l’on craignait l’apparition de monstres cachés sous le lit ou autres présences impalpables derrière les meubles. Et c’est justement dans des meubles spécifiques de l’appartement que le surnaturel se niche dans LE LOCATAIRE.

 

Le film trace une géométrie du suspense et de l’angoisse par l’approche progressive de Trelkowsky de points fatidiques : l’armoire et la fenêtre. Cette grosse armoire à glace s’impose d’elle-même, renfermant les vestiges de Simone Choule et prend la double fonction de meuble / cercueil et attire son attention. Si l’armoire est l’objet qui participe à sa métamorphose (il y trouvera une trousse de maquillage et des vêtements féminins), le fenêtre participera à son délire de persécution.

Cadre de vision majeur, cet élément devient rapidement synonyme de mort car c’est à travers elle que Simone Choule s’est donnée la mort et que Trelkowsky fera de même. Elle achemine doucement le locataire vers son funeste destin.

Avec l’armoire, la fenêtre noue une sorte de complicité qui participe à la construction du délire en renvoyant une image faussée du monde extérieur. La verrière pourrait  être le troisième élément clef participant au complot. Point de chute de Simone Choule elle est restaurée pour accueillir Trelkowsky. Ces trois objets « vitré » transcrivent les différentes étapes que Trelkowsky devra traverser : la transgression (l’armoire), la persécution (la fenêtre), la mort (la verrière).


 

 

Polanski donne à son personnage Trelkowsky les traits d’une victime toute désigné. Ce n’est pas un imposant personnage, il n’inspire pas la crainte. Ce n’est pas un battant mais quelqu’un de fragile qui ne s’impose pas. Car le grand problème de Trelkowsky, c’est cette difficulté à s’intégrer dans une communauté et cette crainte permanente d’être rejeté. 

 

Pris en tenaille entre Mr Zy et la concierge, qui apparaissent comme la matérialisation de l’immeuble et de ses lois, et entre son amour pour Stella, Trelkowsky se place au centre de ces trois personnages où se joue une relation très oedipienne. Monsieur Zy serait l’image du père et la concierge celui de la mère. Stella porte l’image de la « bonne mère » dont Trelkowsky tombe rapidement amoureux. Il a fuit l’immeuble pour passer la nuit chez Stella et craint désormais la punition du « père »  la castration.

Le double est l’un des thèmes majeur du LOCATAIRE où l’on assiste à la lente métamorphose de Trelkowsky en Simone Choule. Ce dédoublement de personnalité apparaît comme une réponse à sa crise identitaire et participe à la punition de sa transgression. Au fur et à mesure du réveil du passé, va se dessiner une dualité entre son esprit et celui de Simone Choule. Cette perte progressive d’identité va le faire douter de ça qu’il est et de ce qu’il croit devenir. Cela commence à l’hôpital dans l’unique face à face avec Simone Choule. Celle-ci est couverte de bandage, seul un œil et une bouche édentée sont visibles. Cette image illustre la perte d’identité liée à la persécution dont Trelkowsky fera l’objet, pour arriver au final au même résultat : un être effacé.

Puis cela se poursuit dans l’appartement même avec cette dent cachée derrière l’armoire, vestige de Simone Choule, ainsi que son maquillage et ses vêtements. Ce qui faisait Simone Choule est à sa disposition, la métamorphose peut commencer.

Au réveil, quand il remarquera l’oreiller ensanglanté et une dent manquante (castration symbolique) il rejettera cette métamorphose et tente d’y échapper par la fuite, qui se révélera vaine.

Au final, il n’y a plus de dualité, Trelkowsky conscient de ce qu’il est devenu connaît donc ce que lui réserve son destin.


 

 

 

Si la métamorphose de Trelkowsky est liée au lieu, sa persécution sera liée aux personnages.

Ils sont nombreux à torturer le locataire, comme s’ils faisaient partie d’une quelconque secte aux mauvaises intentions, dont Trelkowsky, comme Simone Choule auparavant, serait la victime.

Ce sont bien les faibles, les minorés qui tentent d’échapper à l’immeuble qui subissent le colère et le châtiment des habitants, minorés dont Trelkowsky fait partie. Et après une série de visions hallucinatoires insolites, on comprend que c’est contre lui-même que Trelkowsky lutte ainsi jusqu’à son autodestruction. Le locataire se retrouve enfermé psychologiquement, l’appartement devenant à l’image de son psychisme : étouffant, angoissant, obscur où toute parcelle de sécurité, de paix se trouve bannie.

Las et épuisé, il accepte finalement son destin, dans l’ultime nuit où métamorphosé et seul, prêt à renouveler le suicide, la fenêtre s’ouvre à lui pour la première (et dernière) fois. Il accomplit son destin et marque sa soumission à l’immeuble et ses occupants.

 

Le final reste flou, ouvert a tout commentaire : maladie mental ou victime d’une coalition ? On ne peut oublier les comportements suspects des habitants de l’immeuble et de leur froideur envers Trelkowsky (et Simone Choule) qui en fait un être indésirable.

On peut imaginer que Trelkowsky et Simone Choule étaient finalement une seule et même personne, et que c’est son propre corps agonisant que Trelkowsky contemple à l’hôpital. On ne verra jamais la véritable apparence de la jeune femme, l’identification est donc impossible.

De plus on ne sait pas où était Trelkowsky avant d’arriver dans cette immeuble, qui est il vraiment ? Une autre hypothèse serait qu’il revient dans ce lieu, croyant s’être débarrassé de son double féminin, mais celle-ci refait progressivement surface en lui (refoulé qui fait retour), aidé pas son désir inconscient de changer de peau, son incapacité à faire face à l’adversité, et il invente la théorie du complot pour se justifier.

LE LOCATAIRE clôt la  trilogie sur les appartement maudit initié  avec REPULSION et ROSEMARY’S BABY toujours de Polanski.


 

 

 

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