L'EXORCISTE de William Friedkin

Publié le par LESTAT


La peur dans L’EXORCISTE n’est pas celle que l’on pense. Le démon ancestral ne serait que la somme de frayeurs général : l’enfance rebelle, l’effondrement de la famille, le mépris des traditions religieuses et la destruction du foyer.

Ces frayeurs sont mises en scène à travers la famille McNeal, dont la mère, Chris est divorcée et vit avec sa fille unique agée de douze ans, Regan.

Le « chef de famille » en moins, la vie des McNeal devient bancal et peu à peu menace de s’effondrer, par l’entremise de Regan qui souffre de l’absence du père. Elle intériorise ce conflit et c’est le début d’une crise d’adolescence parce que la jeune fille n’a pas la vie de famille qu’elle voudrait.

Pour tenter de régler son problème, Regan part en quête d’un père de substitution, d’abord avec le « capitaine sait tout », cette figure paternelle qu’elle s’est inventée et qui communique a travers un oui-jä.

Mais ce père imaginaire ne suffit pas, il lui faut un père « physique », Burk Denning. Mais Cris n’est pas prete a faire sa vie avec cette homme, lui qui est loin d’avoir la classe des McNeal. C’est un personnage sans cesse ivre, tenant des propos obscènes et Regan semble s’en rendre compte lors de la séquence de la réception où il sera éjecté de la soirée. Ce père de pacotille, pas fichu de remplacer le vrai, sera éjecté à travers la fenêtre par une Regan possédée. Et sa crise prend alors de grandes proportions : son lit s’agite quand elle est dessus, son visage devient bestial, elle abreuve son entourage d’injures et d’obscénités au point de la rendre méconnaissable.

Chris devra se tourner vers un troisième père potentiel, le prêtre Damien Karras. Tout porte a croire qu’il sera l’homme de la maison (il revêtira même les vêtements de l’époux de Chris, tandis que celle-ci lui repasse les siens, salis par Regan) mais Karras n’a pas la force, ni la stabilité suffisante pour assumer les problèmes de Regan. Il est lui-même tiraillé dans un conflit intérieur à cause de sa foi et de sa mère condamné à mourir seul dans une pauvreté extrême.

On note une symétrie dans la narration entre la possession de Regan et le renoncement de Damien à sa foi, dû à son refus d’accepter l’existence telle qu’elle est. Plus les forces de vie abandonnent le prêtre, plus les forces du mal envahissent le corps de Regan.

Comment cet homme qui n’a plus la force spirituelle requise peut il venir en aide à la jeune fille ?

On fait alors appel à Lankaster Merrin l’homme d’expérience. Et c’est ce grand père symbolique qui va aider le père symbolique à aider Regan. Et ce n’est qu’en rassemblant leurs forces respectives (spirituelle pour l’un, physique pour l’autre) qu’ils pourront venir à bout du démon.


 

 

 

Ce démon, représentatif de la pulsion animal, sauvage que notre société civilisé tente de refouler et qui fait retour en profanant tout ce qui constitue le rêve américain : le foyer, la famille, l’église, l’enfance.

Ce retour du refoulé est libéré par une transgression lors de la première séquence en Irak par le Père Merrin. Si on fait appel a lui ce n’est pas pour aider les McNeal finalement, mais peut être pour subir la punition adéquate à tout transgresseur, la mort.

C’est tout logiquement dans un site archéologique qu’a lieu cette transgression et que débute le conflit de l’archaïque et du moderne ayant son point ultime dans le face à face de Merrin et de la statue du démon. Filmé en vue subjective, un premier plan en contre-plongée montre une silhouette dominant la montagne sous un effet de contre-jour angoissant. Des grognements de chiens fous s’accordent avec cette figure démoniaque pour produire un effet menaçant. Cette fin de séquence annonce la sauvagerie et la bestialité dont fera preuve Regan lors de sa possession. La séquence en Irak se termine par un plan large, très « western » où les deux adversaires se font face sous un soleil couchant (puissance divine), préfigurant ainsi leur futur combat. Le fondu avec la séquence suivante au cœur des USA symbolise à lui seul les trois conflits majeurs de L’EXORCISTE : l’orient / l’occident, la pulsion animale / la civilisation, l’archaïque /le moderne.


 


 

 

Les comportements archaïques et la pulsion animale vont donc faire retour par l’entremise de Regan, et les rites ancestraux être sollicités.

On assiste, pendant tout le film, à une régression des techniques médicales employées pour guérir le mal dont souffre Regan. On passe de la chirurgie à la psychiatrie, de la psychiatrie à l’hypnose, pour aboutir à un rite d’exorcisme ancien et le film semble nous faire comprendre que pour vaincre une puissance archaïque, seule une méthode archaïque est adéquate, et L’EXORCISTE de réduire à néant tous les triomphes médicaux et scientifiques.

Apres l’échec de la médecine moderne, on fait appel a Damien Karras, le prêtre psychiatre. Paradoxalement, ce sont les médecins qui préconisent l’exorcisme tout en prenant soin d’entourer la chose d’un discours psychiatrique. Le problème c’est que Damien Karras est plus ancré dans la rationalité et la modernité que dans les rites ancestraux et superstitions. Pour couvrir le fossé qui sépare cette modernité urbaine et la solution archaïque que semble exiger en fin de compte la maladie de Regan, on fait alors appel à Lankaster Merrin, le prêtre archéologue.

 

L’issue coule de source, Merrin subit la punition adéquate à la transgression : la mort. Karras seul face au mal, ordonne au démon d’entrer en lui, et tel un christ sauveur qui absorbe les péchés du monde, se jette par la fenêtre, réglant par une mort sacrificielle les conflits de tous, les siens y compris.

 


 

 


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article