Samedi 18 décembre 2010 6 18 /12 /Déc /2010 15:55

zombie.jpg

 

 

Titre original Dawn of the Dead

Réalisation George Andrew Romero

 Acteurs principaux David Emge
Ken Foree
Scott H. Reiniger
Gaylen Ross

Scénario George Andrew Romero

Photographie Michael Gornick

Musique Dario Argento
Goblin
The Pretty Things
Herbert Chappell
Paul Lemel
Eric Towren
Simon Park
Jack Trombey
Derek Scott
Barry Stoller
Reg Tilsley
Pierre Arvay

Production Richard P. Rubinstein
Claudio Argento
Alfredo Cuomo
Laurel Group Inc.
Société(s) de distribution États-Unis :
United Film Distribution Company
France :
Éditions René Chateau Budget 650 000 $ Pays d’origine Drapeau : États-Unis États-Unis
Drapeau : Italie Italie Langue(s) originale(s) anglais Durée Italie:
117 min.
États-Unis:
139 min. Sortie 2 septembre 1978

 

Il s’agit du second opus de la première trilogie des morts vivants de George Romero. Titré « Zombie » en France, le film est un puissant pamphlet social qui dénonce les tares de la société US et s’attaque au capitalisme et à la société de consommation.

Jamais dans toute sa carrière George Romero n’aura connu une telle fulgurance pour aborder ses thèmes de prédilections.

Ici, les morts-vivants ne sont qu’une toile de fond pour filmer l’apocalypse et la réaction des hommes face à un tel événement.

 

 

Dès les premières images le réalisateur nous met dans le bain. On assiste aux derniers soubresauts de notre société en train de s’effondrer. Dans le chaos ambiant Fran et Stephane ont pris leur décision, ils ne suivront pas les ordres du gouvernement et préfère la fuite dans l’espérance d’une vie meilleure. Ils seront rejoints dans leur quête par deux membres des forces spéciales, Roger et Peter.  Ils choisissent comme beaucoup de fuir leur responsabilité, on peut y voir une trace de lâcheté et d’égoïsme car, en état de crise, au lieu de mettre leur compétence au service de la société ils préfèrent l’abandonner. Ils se barricaderont  dans un luxe excessif en prenant possession d’un supermarché et en formant une micro-société, deviennent en quelque sorte « zombies » eux-mêmes. Ces quatre personnages seront la ligne directrice de tout le film.

Roger est un homme d’action avec une âme humaine, qui soutient les plus faibles, qui tente de raisonner les hors-la-loi plutôt que de leur tirer dessus. Les horribles événements dont il est témoin le blesse et le marque au fer rouge.

Celui-ci fermera vite les yeux sur l’exécution de Woolley par Peter et un esprit de camaraderie va rapidement naître entre les deux hommes. Roger lui demande de le rejoindre dans sa fuite, en  compagnie de Fran et stephane.

Téméraire mais imprudent, sous-estimant la menace qui ne cesse de proliférer, sa négligence  aura raison de lui.

Tout comme Stéphane le pilote de l’hélicoptère, qui aimerait avoir l’étoffe d’un battant. Il ne fera que mettre la vie de ses camarades, et la sienne, en danger. Il tire à l’aveuglette sur un zombie et manque de toucher Peter, à plusieurs reprises il fera face à la mort et s’en sortira de justesse (en gaspillant ses munitions et en tirant au hasard dans une chaufferie, sans se rendre compte du danger d’explosion qu’il peut provoquer). Il prend des risques inconsidérés, peu compatibles avec sa maladresse notoire.

Il s’octroie propriétaire du centre commercial et de ses richesses, devient hystérique à la vue de ses hordes de vandales qui les dépouillent de ses biens si précieux. Il ouvre le feu et c’est le début d’une véritable guerre.

 

Fran, la femme du groupe, le fait qu’elle soit enceinte fait d’elle un espoir pour l’avenir de l’humanité où la mort gagne de plus en plus de terrain. Mise à l’écart dans un premier temps  elle saura s’imposer et deviendra l’égal des hommes. C’est l’égalité des sexes qui est souligné ici et marque l’amour que porte Romero pour les personnages de femmes fortes et encore une fois, du personnage « black » à travers Peter  , l’enfant du ghetto. Lucide et déterminé, c’est le chef du groupe par son expérience et son habileté.

C’est avec énormément d’émotion qu’il abat les zombies, pour la plupart noir, dans la cave de l’immeuble et lorsque en fuyant on lui demandera s’il abandonne des proches, il répondra « plusieurs frères » comprenez ses frères de couleurs.

 

Le racisme est pointé du doigt à travers le personnage de Wooley qui ne cesse de déverser sa haine raciale dans la seconde séquence, lors de l’assaut d’un immeuble par les forces spécial. Il ne cessera de proférer des insultes racistes pendant l’intervention (" saloperie de portoricains et de nègres "), de manifester sa jalousie (" ils vivent comme des rois alors que je croupis dans une grotte ") et profitera du chaos ambiant pour faire des cartons sur les habitants.

C’est ici la classe pauvre (que les zombies représentent) face à un état répressif qui est ainsi évoqué. Plus qu’un racisme ordinaire, le personnage de Woolley représente la folie meurtrière dans tout ce que cela a de plus abjecte. A croire qu’il déverse toute sa peur et sa colère contre les minorités qui peuplent cet immeuble peut être pour la contrer face à l’invasion inattendu qui a lieu un peu partout dans le monde.

C’est d’ailleurs à cause de la présence de cadavres cachés dans les caves que cette opération commando a lieu. Dans un espoir un peu vain d’enrayer le mal, la séquence adopte un style très western, avec ce Martinez, qui ressemble fort à un Indien.

C’est une séquence d’action assez forte, très découpé et qui dans sa deuxième partie nous montrera enfin les fameux zombies. Dans un étalage de violence et de gore, même certains policiers auront du mal à garder leurs nerfs solides. On assistera à travers le regard de Roger au suicide d’un jeune flic. La plupart semblent prendre conscience de l’horreur de leur mission, de leur « sale besogne » comme il le sera répété à trois reprises, qui consiste à nettoyer l’immeuble des morts que ses habitants n’ont pas livrés à la destruction. En refusant d’obéir aux ordres du gouvernement, ils se sont fait en quelque sorte hors la loi, malgré la compréhension de leur geste. « Ils honorent leur mort avec tout le respect qui leur est du » dira Peter à Roger dépassé par les événements.

C’est au sous-sol de cet immeuble que la première rencontre entre Peter et Roger a lieu, celle du blanc et du noir. Et c’est ici que les tensions vont s’estomper car les deux hommes comprennent vite l’enjeu de rester soudé alors qu’ils envisagent leur fuite.

Cette séquence de dialogue est comme une pause, presque intimiste après l’horreur vue jusqu'à présent. Dans ce monde de chaos et de destruction, ces deux hommes envisagent un avenir, ou tout du moins une vie meilleure. Ils sont interrompus par l’arrivée subite du prêtre noire. Son   apparition est brusque et inattendu.  Sortant de la brume, son statut d’homme d’église ajoute un aspect surnaturel. Il semble que ce personnage fait le lien entre la classe pauvre et minoritaires (il est noir) et les zombies qui pullulent dans l’immeuble. En effet son aspect chétif et son corps mutilé le rapproche physiquement de la race « zombie ». Ses paroles prennent un sens prophétique « quand les morts se mettent à marcher, mieux vaut s’abstenir de tuer ou on est perdu d’avance ». Et plus tard en une phrase il fera le lien entre les pauvres et les zombies : « vous (la police) êtes plus fort que NOUS (les pauvres, les minorités) mais bientôt les plus forts ce sont EUX (les zombies). Le zombie apparaît comme outil de la vengeance contre la société qui ne cesse de les bafouer et les mettre à l’écart.

 

Car le film dénonce entre autre l’incapacité des hommes à gérer la situation en période de crise. La scène dans le studio de télévision en dit long. Elle ouvre d’ailleurs le film sur le visage de Fran endormie en train de faire un cauchemar. Cruelle ironie car c’est en se réveillant qu’elle y entre dans le cauchemar. Sous la musique apocalyptique des Goblins, on assiste à la chute du monde où la cacophonie et la pagaille règnent en maître. Des techniciens quitte leur poste, l’enregistrement de l’émission est constamment saboté par l’intrusion de personnel sur le plateau et les informations sur la situation nous sont données par bribes. Nous ne saurons jamais ce qui se passe à travers le monde mais l’image de ce studio de télévision reflète une image apocalyptique où il n’y a plus de loi ni morale, ce que semble devenu l’humanité entière.

 

C’est pendant la fuite des quatre personnages en hélicoptère qu’on aura une vision globale de la situation en Amérique. L’American Way of life dans toute sa splendeur par ses miliciens hirsutes et gorgés de bière qui prennent les armes, encadré par la police et l’armé, pour faire des cartons sur les zombies. Festif et paillarde, cette séquence filmé caméra à l’épaule est quasi documentaire. Elle est à l’opposé des séquences précédentes où même les policiers y perdaient leurs âmes. Ici la population prend un plaisir certain dans leur besogne, on élimine du zombie comme on dégomme des canards en plastique dans une fête foraine, entre des bières et du café. Les fines gâchettes de l’ouest ont trouvé un nouveau terrain de jeux.

Mais, là où la vraie critique, la vraie satire de Romero fait rage, c’est dans le centre commercial. Nos quatre fuyards vont finalement trouver refuge dans l’endroit idéal : le temple de la surconsommation. Hanté par des hordes de zombies, qui errent dans les rayons uniquement par réflexe inconscient. « Cet endroit tenait une place importante dans leur vie » dira Stephan  à Fran qui s’étonne de la présence d’autant de zombies. George Romero utilise le surnaturel pour nous renvoyer en pleine figure ce que nous sommes tous. Des âmes errantes obnubilés par les objets bien emballés derrière de si belle vitrine que nous propose cette société capitaliste.

Dawnofthedead4.jpg

 

 

Le matérialisme de l’homme l’a fait perdre son âme, son cœur et ses entrailles et nos quatre héros ne vont pas y échapper. Venu à la base chercher du ravitaillement ils décident au final de s’installer dans cet « mine d’or »  qu’offre le centre commercial. Fini les luttes et le combat, ils préfèrent se barricader et fermer les yeux sur les problèmes du monde. Plusieurs séquences les montrerons se pavaner devant les bijoux, les vêtements, le matériel qu’offre à foison le magasin. Ils s’installent dans un confort et se laissent posséder par les charmes du lieu. Une séquence est parlante lorsque qu’ils théâtralisent la surconsommation en faisant mine d’acheter des tas d’articles en les passant dans une caisse enregistreuse. Puis pour se décontracter du stress des courses, ils vont se détendre dans des salles de jeux vidéo, à la patinoire ou se refont une beauté dans un salon de coiffure. La séquence où Fran se maquille comme une pseudo Bonnie Parker la fait ressembler à une femme de la très haute bourgeoisie. C’est d’ailleurs elle-même qui aura un éclaire de lucidité en renvoyant à stephane que tout ceci est faussé. En effet ils ne sont que des intrus et combien de temps comptent-ils rester dans ce centre ? La nourriture bien qu’abondante va finir par périmé et que feront ils si l’électricité est coupé ? Ils n’ont pas l’air de se rendre compte qu’ils ne pourront de toute façon rester bien longtemps, de plus la révolte est en marche. Ceux qui n’ont pas le droit d’entrer, les pauvres, les parias de plus en plus nombreux sont là. Romero nous le rappelle de façon abrupte et efficace lorsque Peter laisse tomber une balle de tennis du toit de l’immeuble et s’en va rebondir vers une horde de zombie en train de s’agglutiner aux portes de leur temple. Mais ces morts ne sont pas assez fort et encore moins malin pour pénétrer dans cette forteresse, cette tache incombe à une autre race d’exclus, les Hell’s angels. Des pillards armés et motorisés qui, contrairement à nos héros, ne se laissent pas séduire par le matérialisme. De part leur nature ils ont toujours refusé la société capitaliste et s’ils décident d’entrer en force dans le centre commercial ce n’est pas pour profiter de ses avantages finalement, mais pour tout saccager. Au grand désespoir de Stéphane qui, en quelque sorte devenu égoïste (il refuse de partager ses biens) deviendra lui-même Zombie, conduisant ses nouveaux frères de sang vers désormais le bien le plus précieux : la chaire humaine, celle de ses anciens compagnons en l’occurrence.

 

zombie2-2.jpg

Ce qui faisait le refuge idéal va au final se transformer en piège pour les survivants qui n’auront d’autre alternative que, une nouvelle fois, la fuite vers l’inconnu. Tel Adam et Eve chassé du jardin d’Eden, ce couple mixte offre une lueur d’espoir pour l’avenir de l’humanité.

Trois versions du film existent et sont désormais disponibles en dvd. La version la plus complète dont Romero est le plus satisfait est le director’s cut d’une durée de 2h19. Hormis l’ajout de scènes gores et humoristiques, c’est la version qui prend le plus son temps et qui donne une épaisseur inédite aux personnages. Les deux autres versions, plus célèbres, sont les montages américains et européens. La version américaine, d’une durée de 2h06, et la version  européen, supervisé par Argento, est quant à lui le plus court (1h57) et le plus expéditif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par LESTAT
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 26 novembre 2010 5 26 /11 /Nov /2010 16:14

18674404_w434_h_q80.jpg

 

 

 

Fiche technique/

 

·         Couleur - 35mm - 1,85:1 - Dolby Digital DTS

·        Sortie le 18 /10/2006

 

Que sera le monde de demain ? Beaucoup d’œuvres cinématographiques ont répondu à  cette question en donnant divers exemples de ce que peut être notre futur. Certains préfèrent se porter par le rêve et l’imagination chevaleresque des Star wars tandis que  d’autres essayent une direction plus probable, prenant pour base le monde actuelle et ses problèmes sociopolitiques et accouchent de chefs d’œuvre comme mad max 2, la planète des singes, la route et les fils de l’homme.

Le futur probable du film de Cuaron montre un monde en lente agonie. En effet, nous apprenons dès les premières images qu’aucune naissance n’a eu lieu depuis plus de dix-huit ans. L’humanité se meurt à petit feu dans un climat de violence extrême.

Nous traversons ce monde avec Théo, ancien activiste politique devenu simple fonctionnaire. C’est lui qui mène le cadre, il est présent dans quasiment chaque plan du film et fait office de guide malgré lui dans ce monde où la violence est le quotidien. Le réalisateur n’emploi quasiment pas de camera subjective, l’action est filmée camera à l’épaule ce qui donne l’impression au spectateur d’accompagner le héros dans son périple.

 

fils-de-l-homme-2006-29-g.jpg

 

C’est un personnage atteint par la mort de son enfant emporté par une pandémie grippal. Il erre dans ce monde en n’ayant plus foi en l’avenir, plus foi en l’être humain. Pour lui tout est fini et il attend passivement que les choses passent.  C’est d’ailleurs le seul à ne pas être atteint par la mort de « bébé Diego », le plus jeune humain du monde.

On est ici dans un schéma classique d’un homme brisé qui va reprendre le dessus sur lui-même car investit d’une mission salutaire et pour lui et pour l’humanité toute entière. Notre héros va suivre un parcours initiatique qui le rendra plus fort et par la force des choses va retrouver foi en l’avenir, quitte à se sacrifier.

 

Comme tout parcours initiatique, Theo va s’entourer d’adjuvant. Jasper, l’ancien caricaturiste politique et désormais vendeur d’herbes,  Myriam l’ex sage femme mystique qui sera une gardienne pour Kee, la bohémienne qui le guidera jusqu'à la barque dans le terrifiant camp de Bexhill.  Tous ce beau monde tenterons de contrer les opposants, la police, l’armée et plus précisément le groupe terroriste des « poissons » qui milite pour la défense des clandestins et se sont mis en tête de s’accaparer du bébé de Kee à des fins politiques. Kee justement, cette clef en qui repose l’espoir du monde. Clandestine africaine (l’Afrique étant le berceau de l’humanité, juste retour des choses ?) elle porte le premier bébé depuis presque vingt ans. C’est dans une étable qu’elle montrera sa grossesse à théo (et donc au spectateur) et plaisantera elle-même quand à une origine miraculeuse  de son état.  Cette jeune femme apparaît ainsi comme une nouvelle « vierge Marie » inversée (elle est de couleur et selon ses dires loin d’être vierge) qui porte en elle l’espoir d’un monde nouveau et doit donc retrouver  l’organisation  Renouveau planétaire qui navigue sur le « tomorow », fait de scientifiques ayant pour but de guérir la stérilité du monde.

 

Le réalisateur choisit pour son film de filmer l'apocalypse. Ici pas d'esbroufe, celle-ci n'intervient pas après un déluge gigantesque ou une invasion extraterrestre. Ce n'est pas non plus après la bombe atomique que les rescapés tentent de survivre mais c'est la genèse même de la vie qui est attaqué, les matrices des femmes sont définitivement fermé. Quand celles qui produisent la vie ne donne plus d'enfant, l'humanité touche à sa fin, en douceur, lentement et inéluctablement.

 

Nous sommes en 2027, l’action du film se passe en Angleterre, seul pays à tenir encore debout dans un monde plongé dans le chaos. Des clandestins du monde entier affluent vers cet unique eldorado pour fuir la misère et la mort du reste du monde.

Alfonso Cuaron pointe du doigt le traitement des clandestins venus trouver refuge dans les pays riches. Traité pire que du bétail, ceux-ci sont battus, insultés, parqués dans des cages et pour les plus récalcitrant, abattus de sang froid. Les rafles dans les bâtiments d’habitation renvoient immédiatement à la période nazi. Ceci est une exacerbation de notre société actuel et sa façon de traiter et renvoyer manu militari les exilés clandestins. Ils se retrouvent prisonniers dans des conditions limite de détention avant d’être  renvoyé par la force souvent vers le malheur qu’ils ont tenté de fuir.

En plus d’être violent et totalitaire, le monde de 2027  est gris, sinistre, stérile. Seul quelques lieux sortent du lot comme cette arche des arts tenue par le cousin de Théo, ou malgré la dominance de gris du lieu, reste un havre de paix et de bien être.

Les seules couleurs joyeuses qu’on croisera dans le film sont celle de dessins et de peintures d’enfants dans la scène de l’école désaffecté. Vestige du passé, elles rappellent le bonheur perdu du monde d’avant et restent gravés comme témoignage pour les dernières générations. Et comme le rappellera Myriam dans cette même séquence, l’absence de cris d’enfants a rendu le monde complètement fou.

 

Les fils de l’homme dépeint un avenir proche, apocalyptique où la violence des hommes, la soif de pouvoir et l’assouvissement des faibles ne se sont pas taris. Le monde lui-même est tel que le notre, le réalisateur ne s’est pas laissé aller à un monde high Tech comme dans  Minority report, seul des écrans ultra plat et des panneaux publicitaires animés indiquent ce bond dans le temps.

 

Ici le filmage est d’un style documentaire, toujours en mouvement, camera à l’épaule. Très peu de plan fixe, c’est un film où les personnages se déplacent souvent. Une course contre la montre s’engage surtout lorsque Kee va avoir ses premières contactions dans la dernière séquence au camp de Bexhill. Véritable No man’s land sans foi ni loi, ou chaque groupe ethnique tente de survivre par les armes, elle se transforme en zone de guerre lorsque l’armée y pénètre pour stopper le groupe des « poissons ». La mise en scène nous offre des séquences de combat comme on en a rarement vu à l’écran. D’une grande puissance visuelle et émotionnelle, on a l’impression de regarder un reportage sur les horreurs de la guerre, appuyé par des effets simples mais intelligent comme les éclaboussures de sang sur l’objectif pour renforcer cette sensation de réalisme. Dans ce havre de violence, seul les cris perçant de l’enfant de Kee apaiseront le conflit. Le divine enfant est né et tous se courbe devant ce miracle inespéré, militaires et policiers, clandestins et mutilés oublient leur haine et leur souffrance pour ouvrir le passage de Théo et Kee vers leur but ultime, comme s’ils venaient tous de se rendre compte que l’espoir renaît.

 

children_of_men_les_fils_de_l_homme_tv_3.jpg

En mer, la « vierge » et l’enfant sont seuls, le renouveau planétaire peut commencer. Tel Moise sauvé des eaux, le Tomorow apparaît, salvateur, sortant des brumes tel l’île d’Avalon loin du tumulte de la guerre, de la violence et de la souffrance que seul les cris des enfants peuvent apaiser. 

 

 

 

 

 

 

 

Par LESTAT
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 13:32
Titre original : The Blair Witch Project

Distribution [modifier]

Dans ce film, ce sont trois étudiants venus faire un reportage sur la sorcellerie au cœur d'une forêt réputée maudite, qui devront faire face au surnaturel.

Le film met en évidence les rapports plus ou moins soudés entre de jeunes adultes qui, à cause de circonstances effroyables, se révéleront n'être que des enfants. Tombés dans un piège auquel ils n'étaient pas préparés, leur véritable nature éclate au grand jour : des êtres immatures, ne sachant pas faire face à l'adversité dans une situation qu'ils ne maîtrisent pas et qui deviennent, en se filmant les uns et les autres, les sujets d'une terrifiante expérience sur la peur.

 

Pourtant les intentions paraissent honnêtes, Heather veut mener à bien son projet qui lui fera obtenir la reconnaissance , les deux garçons, pas vraiment motivés, l'accompagnent dans ses démarches peut être pour se prouver qu'ils ont atteint une maturité et une autonomie suffisantes pour " survivre " loin du confort familial.

 

Le projet blair witch renvoie ses personnages à leur véritable nature : de pseudo adultes autonomes, ils glissent vers un comportement immature et irresponsable (Mick qui jette la carte), se laissant aller aux pleurs et autres chamailleries. Isolés de tout, ils regrettent le confort perdu, subissant désormais la faim et l'isolement, proches des conditions de survie d'un Robinson Crusoé. Ces étudiants n'ont pas les nerfs assez solides, encore moins l'étoffe de héros pour survivre et se débrouiller comme il se doit dans de telles conditions. Lorsqu'une difficulté se fait sentir, ils pleurent et deviennent semblables à des bébés sans défense (chacun évoquera sa mère, d'une manière ou d'une autre), sans personne pour venir les sortir de ce mauvais pas.

 

Dans le film, Heather semble prendre la place de la « mère » pour les garçons et c’est peut être pour cela qu’ils se laissent guider machinalement par la jeune fille, gonflée d’orgueil. La détermination d'Heather la pousse à ignorer l'évidence : qu'elle ne sait pas où elle va vraiment. Guidée à l'aveuglette par sa quête de gloire, elle ne cesse de répéter à tort qu'elle " sait très bien où on va ", cherchant des preuves fictives de la réussite de son projet de plus en plus bancal. Malgré les signes annonciateurs du surnaturel (symboles vaudou, petits tas de pierres etc.), Heather continue son excursion et semble marquer un certain regret de devoir quitter ce lieu qui l'effraie autant qu'il la séduit.

Elle utilise peut être en permanence sa caméra comme protection, pour s'extraire de la situation qu'elle a provoquée, filmant une " réalité filtrée " comme lui fera remarquer Josh . Annihilant le danger, elle se persuade du bon déroulement de son projet, pour essayer de convaincre les garçons et éviter de culpabiliser.

Privée de cette caméra, Heather est désarmée et vulnérable, c'est pourquoi elle ne veut la lâcher pour rien au monde, n'hésitant pas à se battre contre ses amis qui veulent la lui arracher des mains, comme pour la forcer à voir la réalité, mais la jeune fille n'est pas prête, ou a peur d'admettre que son projet vire au cauchemar.


 

 

Le sujet du projet blair witch pourrait être la bêtise de certains, refusant de reconnaître leurs lacunes, quitte à s'exposer au danger, et devenant des " aveugles qui guident des aveugles ".

Le film serait entre autre une parabole sur un certain usage de l'outil audio-visuel, avec cette quête dérisoire du scoop tant recherché. Chaque élément découvert dans la forêt est comme du " pain béni " pour les protagonistes, qui s'attardent à filmer des branches d'arbres et autres futilités comme une découverte extraordinaire

 

Les prises de vues sont filmées caméra à l'épaule , plans plus ou moins fluides dans les séquences d'exploration, puis décadrés ,tremblants, parfois flous lors des scènes nocturnes, quand survient l'attaque du surnaturel, traduisant l'effroi des personnages. Limage vidéo, qui renvoie aux films familiaux (donc à la réalité quotidienne), sert l'effet de réalisme recherché et induit un doute chez le spectateur quant à savoir si ce qu'il a vu est vrai ou pas. Tout le film serait une sorte de tournage live, un cinéma direct qui fait du projet blair witch une œuvre à part, le brouillon d'un travail en principe inachevé.

 

L'outil cinématographique est ici utilisé comme tromperie, retournant peut-être ainsi aux sources de l'image animée lorsque les nécromanciens utilisaient les fantasmagories et la lanterne magique pour abuser de la crédulité des spectateurs. Les thèmes sont les mêmes, il s'agit toujours de manifestations de fantômes, de sorcière, de retour des morts et d'obscurité, éternelles frayeurs présentes à toutes les époques. Le projet blair witch remet d'actualité par l'image vidéo ce procédé archaïque, visiblement toujours efficace, démontrant ainsi que les terreurs humaines, quelle que soit l'époque, ne sont jamais effacées de notre psychisme mais prêtes à resurgir dès qu'un contexte semble les confirmer.

 

 

Et ce contexte est libéré après une transgression. En entrant de leur plein gré dans cette foret, ils quittent le monde rationnel pour l’irrationnel.

La nature exacte du surnaturel ne sera jamais clarifiée mais on sait que son histoire s’étale sur plusieurs siècles, avec pour base la légende de la sorcière de Blair, l’histoire du serial killer Rustin Parr, et de meurtres rituels.

C’est après la visite du cimetière que le mal se manifeste, toujours hors champs, jouant sur la suggestion et nous faisant retrouver les codes « anciens » du fantastique en utilisant à son avantage un procédé efficace : l’obscurité. Nous n verrons jamais au delà de quelques mètres, et les étranges sons qui résonnent semblent provenir de partout.

La faible lumière directe de la camera vidéo dessine un aspect menaçant aux arbres dont les silhouettes immenses couvrent l’avant plan, créant une ambiance où chaque détail, chaque signe contribue à renforcer le sentiment d’angoisse et d’insécurité : bruits, appel dans la nuit, présence impalpable. Autant d’éléments traditionnellement liés à la peur, qui témoigne de ce que les personnages ne sont pas seuls et que quelque chose se dissimule.


 

 

Apres avoir tenter vainement de fuir et la disparition d’un des protagonistes, les deux survivant prennent la décision d’affronter leurs peurs. On ne peur s’empêcher de compatir avec ces êtres fragiles qui vont affronter l’inconnu sans aucune arme, en faisant face  la source de toutes les peurs, pour arriver jusqu’à la sorcière.

 

Rappelons que la définition du fantastique selon Tzvetan Todorov est basée sur l’hésitation, qu’il  « n’y a pas de preuve formelle de l’existence du surnaturel, événement qui peuvent s’expliquer par les lois de la raison mais qui sont d’une manière ou d’une autre : incroyables, extraordinaires, choquantes, singuliers, inquiétants, insolites… »

Le projet blair witch illustre bien cette définition car comme on l’a vu, le surnaturel est seulement suggéré, jamais dévoilé.

Toutes les pistes sont ouvertes, le film laisse vraiment le soin au spectateur d’interpréter, de deviner les événements. Il se trouve davantage impliqué dans le récit car obligé de combler les nombreux trous de la narration, par ses propres peurs.


 

 

 


Par LESTAT
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /Sep /2009 15:59

 

  • Titre d'origine : Le Locataire
  • Titre anglais : The Tenant
  • Réalisation : Roman Polanski

Distribution

 

 

Trelkowsky, un fonctionnaire timide d'origine polonaise, visite un appartement dans un vieil immeuble de Paris. La locataire précédente s'est jetée par la fenêtre et est dans un coma profond. En lui rendant visite à l'hôpital, Trelkowski rencontre Stella, une amie de la blessée. Il l'emmène au café, puis au cinéma où ils flirtent. La suicidée décède, Trelkowsky emménage. Peu à peu, alors qu’il rencontre les habitants de l’immeuble, des incidents troublants et mystérieux commencent à se produire…

 

L’immeuble où a lieu l’action du film tient une place très importante dans la narration . Il possède une loi à laquelle Trelkowsky devra se plier : faire partie des habitants l’oblige à « être marié » avec l’endroit, à former un tout avec ses voisins et le propriétaire.

L’immeuble, lieux quasi principal de l’action est un personnage à part entière. L’appartement que visite Trelkowsky est un paisible et modeste meublé, sauf que précédemment la locataire s’est jetée par la fenêtre. De plus, celle-ci n’étant pas encore morte, l’appartement est il vraiment libre ? Dès cet instant, la visite à des allures morbides,  car pour que Trelkowsky puisse emménager, il faut que Simone Choule meure.

LE LOCATAIRE suit le schéma quasi classique du film de maison hantée avec le personnage qui pénètre dans un lieu interdit, et par sa trangression libère les traces du passé qui vont exercer sur lui une influence capitale et néfaste.

La transgression commence lorsque Trelkowsky emménage dans cet appartement, avant que la « malédiction » ne s’abatte sur lui pour avoir secrètement désiré la mort de Simone Choule et s’être approprié sa vie. Ce passage de l’intrus dans la demeure est le détonateur qui va réveiller ce qui y sommeillait.

Dés lors, ce qui aurait dû être un refuge confortable devient pour Trelkowsky un lieu de danger et d’angoisse permanant. Qui sont ses étranges voisins ? Ont-ils un secret à garder ?

On a sans cesse l’impression d’un danger imminent, les sons amplifiés des pas et des déplacements de meubles qui grincent, la musique extradiégétique de Philippe Sarde renforcent ce climat d’étrangeté.

Ces éléments formels contribuent à nous faire revivre nos anciennes terreurs, où l’on craignait l’apparition de monstres cachés sous le lit ou autres présences impalpables derrière les meubles. Et c’est justement dans des meubles spécifiques de l’appartement que le surnaturel se niche dans LE LOCATAIRE.

 

Le film trace une géométrie du suspense et de l’angoisse par l’approche progressive de Trelkowsky de points fatidiques : l’armoire et la fenêtre. Cette grosse armoire à glace s’impose d’elle-même, renfermant les vestiges de Simone Choule et prend la double fonction de meuble / cercueil et attire son attention. Si l’armoire est l’objet qui participe à sa métamorphose (il y trouvera une trousse de maquillage et des vêtements féminins), le fenêtre participera à son délire de persécution.

Cadre de vision majeur, cet élément devient rapidement synonyme de mort car c’est à travers elle que Simone Choule s’est donnée la mort et que Trelkowsky fera de même. Elle achemine doucement le locataire vers son funeste destin.

Avec l’armoire, la fenêtre noue une sorte de complicité qui participe à la construction du délire en renvoyant une image faussée du monde extérieur. La verrière pourrait  être le troisième élément clef participant au complot. Point de chute de Simone Choule elle est restaurée pour accueillir Trelkowsky. Ces trois objets « vitré » transcrivent les différentes étapes que Trelkowsky devra traverser : la transgression (l’armoire), la persécution (la fenêtre), la mort (la verrière).


 

 

Polanski donne à son personnage Trelkowsky les traits d’une victime toute désigné. Ce n’est pas un imposant personnage, il n’inspire pas la crainte. Ce n’est pas un battant mais quelqu’un de fragile qui ne s’impose pas. Car le grand problème de Trelkowsky, c’est cette difficulté à s’intégrer dans une communauté et cette crainte permanente d’être rejeté. 

 

Pris en tenaille entre Mr Zy et la concierge, qui apparaissent comme la matérialisation de l’immeuble et de ses lois, et entre son amour pour Stella, Trelkowsky se place au centre de ces trois personnages où se joue une relation très oedipienne. Monsieur Zy serait l’image du père et la concierge celui de la mère. Stella porte l’image de la « bonne mère » dont Trelkowsky tombe rapidement amoureux. Il a fuit l’immeuble pour passer la nuit chez Stella et craint désormais la punition du « père »  la castration.

Le double est l’un des thèmes majeur du LOCATAIRE où l’on assiste à la lente métamorphose de Trelkowsky en Simone Choule. Ce dédoublement de personnalité apparaît comme une réponse à sa crise identitaire et participe à la punition de sa transgression. Au fur et à mesure du réveil du passé, va se dessiner une dualité entre son esprit et celui de Simone Choule. Cette perte progressive d’identité va le faire douter de ça qu’il est et de ce qu’il croit devenir. Cela commence à l’hôpital dans l’unique face à face avec Simone Choule. Celle-ci est couverte de bandage, seul un œil et une bouche édentée sont visibles. Cette image illustre la perte d’identité liée à la persécution dont Trelkowsky fera l’objet, pour arriver au final au même résultat : un être effacé.

Puis cela se poursuit dans l’appartement même avec cette dent cachée derrière l’armoire, vestige de Simone Choule, ainsi que son maquillage et ses vêtements. Ce qui faisait Simone Choule est à sa disposition, la métamorphose peut commencer.

Au réveil, quand il remarquera l’oreiller ensanglanté et une dent manquante (castration symbolique) il rejettera cette métamorphose et tente d’y échapper par la fuite, qui se révélera vaine.

Au final, il n’y a plus de dualité, Trelkowsky conscient de ce qu’il est devenu connaît donc ce que lui réserve son destin.


 

 

 

Si la métamorphose de Trelkowsky est liée au lieu, sa persécution sera liée aux personnages.

Ils sont nombreux à torturer le locataire, comme s’ils faisaient partie d’une quelconque secte aux mauvaises intentions, dont Trelkowsky, comme Simone Choule auparavant, serait la victime.

Ce sont bien les faibles, les minorés qui tentent d’échapper à l’immeuble qui subissent le colère et le châtiment des habitants, minorés dont Trelkowsky fait partie. Et après une série de visions hallucinatoires insolites, on comprend que c’est contre lui-même que Trelkowsky lutte ainsi jusqu’à son autodestruction. Le locataire se retrouve enfermé psychologiquement, l’appartement devenant à l’image de son psychisme : étouffant, angoissant, obscur où toute parcelle de sécurité, de paix se trouve bannie.

Las et épuisé, il accepte finalement son destin, dans l’ultime nuit où métamorphosé et seul, prêt à renouveler le suicide, la fenêtre s’ouvre à lui pour la première (et dernière) fois. Il accomplit son destin et marque sa soumission à l’immeuble et ses occupants.

 

Le final reste flou, ouvert a tout commentaire : maladie mental ou victime d’une coalition ? On ne peut oublier les comportements suspects des habitants de l’immeuble et de leur froideur envers Trelkowsky (et Simone Choule) qui en fait un être indésirable.

On peut imaginer que Trelkowsky et Simone Choule étaient finalement une seule et même personne, et que c’est son propre corps agonisant que Trelkowsky contemple à l’hôpital. On ne verra jamais la véritable apparence de la jeune femme, l’identification est donc impossible.

De plus on ne sait pas où était Trelkowsky avant d’arriver dans cette immeuble, qui est il vraiment ? Une autre hypothèse serait qu’il revient dans ce lieu, croyant s’être débarrassé de son double féminin, mais celle-ci refait progressivement surface en lui (refoulé qui fait retour), aidé pas son désir inconscient de changer de peau, son incapacité à faire face à l’adversité, et il invente la théorie du complot pour se justifier.

LE LOCATAIRE clôt la  trilogie sur les appartement maudit initié  avec REPULSION et ROSEMARY’S BABY toujours de Polanski.


 

 

 

Par LESTAT
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 16:21

La peur dans L’EXORCISTE n’est pas celle que l’on pense. Le démon ancestral ne serait que la somme de frayeurs général : l’enfance rebelle, l’effondrement de la famille, le mépris des traditions religieuses et la destruction du foyer.

Ces frayeurs sont mises en scène à travers la famille McNeal, dont la mère, Chris est divorcée et vit avec sa fille unique agée de douze ans, Regan.

Le « chef de famille » en moins, la vie des McNeal devient bancal et peu à peu menace de s’effondrer, par l’entremise de Regan qui souffre de l’absence du père. Elle intériorise ce conflit et c’est le début d’une crise d’adolescence parce que la jeune fille n’a pas la vie de famille qu’elle voudrait.

Pour tenter de régler son problème, Regan part en quête d’un père de substitution, d’abord avec le « capitaine sait tout », cette figure paternelle qu’elle s’est inventée et qui communique a travers un oui-jä.

Mais ce père imaginaire ne suffit pas, il lui faut un père « physique », Burk Denning. Mais Cris n’est pas prete a faire sa vie avec cette homme, lui qui est loin d’avoir la classe des McNeal. C’est un personnage sans cesse ivre, tenant des propos obscènes et Regan semble s’en rendre compte lors de la séquence de la réception où il sera éjecté de la soirée. Ce père de pacotille, pas fichu de remplacer le vrai, sera éjecté à travers la fenêtre par une Regan possédée. Et sa crise prend alors de grandes proportions : son lit s’agite quand elle est dessus, son visage devient bestial, elle abreuve son entourage d’injures et d’obscénités au point de la rendre méconnaissable.

Chris devra se tourner vers un troisième père potentiel, le prêtre Damien Karras. Tout porte a croire qu’il sera l’homme de la maison (il revêtira même les vêtements de l’époux de Chris, tandis que celle-ci lui repasse les siens, salis par Regan) mais Karras n’a pas la force, ni la stabilité suffisante pour assumer les problèmes de Regan. Il est lui-même tiraillé dans un conflit intérieur à cause de sa foi et de sa mère condamné à mourir seul dans une pauvreté extrême.

On note une symétrie dans la narration entre la possession de Regan et le renoncement de Damien à sa foi, dû à son refus d’accepter l’existence telle qu’elle est. Plus les forces de vie abandonnent le prêtre, plus les forces du mal envahissent le corps de Regan.

Comment cet homme qui n’a plus la force spirituelle requise peut il venir en aide à la jeune fille ?

On fait alors appel à Lankaster Merrin l’homme d’expérience. Et c’est ce grand père symbolique qui va aider le père symbolique à aider Regan. Et ce n’est qu’en rassemblant leurs forces respectives (spirituelle pour l’un, physique pour l’autre) qu’ils pourront venir à bout du démon.


 

 

 

Ce démon, représentatif de la pulsion animal, sauvage que notre société civilisé tente de refouler et qui fait retour en profanant tout ce qui constitue le rêve américain : le foyer, la famille, l’église, l’enfance.

Ce retour du refoulé est libéré par une transgression lors de la première séquence en Irak par le Père Merrin. Si on fait appel a lui ce n’est pas pour aider les McNeal finalement, mais peut être pour subir la punition adéquate à tout transgresseur, la mort.

C’est tout logiquement dans un site archéologique qu’a lieu cette transgression et que débute le conflit de l’archaïque et du moderne ayant son point ultime dans le face à face de Merrin et de la statue du démon. Filmé en vue subjective, un premier plan en contre-plongée montre une silhouette dominant la montagne sous un effet de contre-jour angoissant. Des grognements de chiens fous s’accordent avec cette figure démoniaque pour produire un effet menaçant. Cette fin de séquence annonce la sauvagerie et la bestialité dont fera preuve Regan lors de sa possession. La séquence en Irak se termine par un plan large, très « western » où les deux adversaires se font face sous un soleil couchant (puissance divine), préfigurant ainsi leur futur combat. Le fondu avec la séquence suivante au cœur des USA symbolise à lui seul les trois conflits majeurs de L’EXORCISTE : l’orient / l’occident, la pulsion animale / la civilisation, l’archaïque /le moderne.


 


 

 

Les comportements archaïques et la pulsion animale vont donc faire retour par l’entremise de Regan, et les rites ancestraux être sollicités.

On assiste, pendant tout le film, à une régression des techniques médicales employées pour guérir le mal dont souffre Regan. On passe de la chirurgie à la psychiatrie, de la psychiatrie à l’hypnose, pour aboutir à un rite d’exorcisme ancien et le film semble nous faire comprendre que pour vaincre une puissance archaïque, seule une méthode archaïque est adéquate, et L’EXORCISTE de réduire à néant tous les triomphes médicaux et scientifiques.

Apres l’échec de la médecine moderne, on fait appel a Damien Karras, le prêtre psychiatre. Paradoxalement, ce sont les médecins qui préconisent l’exorcisme tout en prenant soin d’entourer la chose d’un discours psychiatrique. Le problème c’est que Damien Karras est plus ancré dans la rationalité et la modernité que dans les rites ancestraux et superstitions. Pour couvrir le fossé qui sépare cette modernité urbaine et la solution archaïque que semble exiger en fin de compte la maladie de Regan, on fait alors appel à Lankaster Merrin, le prêtre archéologue.

 

L’issue coule de source, Merrin subit la punition adéquate à la transgression : la mort. Karras seul face au mal, ordonne au démon d’entrer en lui, et tel un christ sauveur qui absorbe les péchés du monde, se jette par la fenêtre, réglant par une mort sacrificielle les conflits de tous, les siens y compris.

 


 

 


Par LESTAT
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus