Titre original Dawn of the Dead
Réalisation George Andrew Romero
Acteurs principaux David Emge
Ken Foree
Scott H. Reiniger
Gaylen Ross
Scénario George Andrew Romero
Photographie Michael Gornick
Musique Dario Argento
Goblin
The Pretty Things
Herbert Chappell
Paul Lemel
Eric Towren
Simon Park
Jack Trombey
Derek Scott
Barry Stoller
Reg Tilsley
Pierre Arvay
Production Richard P. Rubinstein
Claudio Argento
Alfredo Cuomo
Laurel Group Inc. Société(s) de distribution États-Unis :
United Film Distribution Company
France :
Éditions René Chateau Budget 650 000 $ Pays d’origine
États-Unis
Italie Langue(s) originale(s) anglais Durée Italie:
117 min.
États-Unis:
139 min. Sortie 2 septembre 1978
Il s’agit du second opus de la première trilogie des morts vivants de George Romero. Titré « Zombie » en France, le film est un puissant pamphlet social qui dénonce les tares de la société US et s’attaque au capitalisme et à la société de consommation.
Jamais dans toute sa carrière George Romero n’aura connu une telle fulgurance pour aborder ses thèmes de prédilections.
Ici, les morts-vivants ne sont qu’une toile de fond pour filmer l’apocalypse et la réaction des hommes face à un tel événement.
Dès les premières images le réalisateur nous met dans le bain. On assiste aux derniers soubresauts de notre société en train de s’effondrer. Dans le chaos ambiant Fran et Stephane ont pris leur décision, ils ne suivront pas les ordres du gouvernement et préfère la fuite dans l’espérance d’une vie meilleure. Ils seront rejoints dans leur quête par deux membres des forces spéciales, Roger et Peter. Ils choisissent comme beaucoup de fuir leur responsabilité, on peut y voir une trace de lâcheté et d’égoïsme car, en état de crise, au lieu de mettre leur compétence au service de la société ils préfèrent l’abandonner. Ils se barricaderont dans un luxe excessif en prenant possession d’un supermarché et en formant une micro-société, deviennent en quelque sorte « zombies » eux-mêmes. Ces quatre personnages seront la ligne directrice de tout le film.
Roger est un homme d’action avec une âme humaine, qui soutient les plus faibles, qui tente de raisonner les hors-la-loi plutôt que de leur tirer dessus. Les horribles événements dont il est témoin le blesse et le marque au fer rouge.
Celui-ci fermera vite les yeux sur l’exécution de Woolley par Peter et un esprit de camaraderie va rapidement naître entre les deux hommes. Roger lui demande de le rejoindre dans sa fuite, en compagnie de Fran et stephane.
Téméraire mais imprudent, sous-estimant la menace qui ne cesse de proliférer, sa négligence aura raison de lui.
Tout comme Stéphane le pilote de l’hélicoptère, qui aimerait avoir l’étoffe d’un battant. Il ne fera que mettre la vie de ses camarades, et la sienne, en danger. Il tire à l’aveuglette sur un zombie et manque de toucher Peter, à plusieurs reprises il fera face à la mort et s’en sortira de justesse (en gaspillant ses munitions et en tirant au hasard dans une chaufferie, sans se rendre compte du danger d’explosion qu’il peut provoquer). Il prend des risques inconsidérés, peu compatibles avec sa maladresse notoire.
Il s’octroie propriétaire du centre commercial et de ses richesses, devient hystérique à la vue de ses hordes de vandales qui les dépouillent de ses biens si précieux. Il ouvre le feu et c’est le début d’une véritable guerre.
Fran, la femme du groupe, le fait qu’elle soit enceinte fait d’elle un espoir pour l’avenir de l’humanité où la mort gagne de plus en plus de terrain. Mise à l’écart dans un premier temps elle saura s’imposer et deviendra l’égal des hommes. C’est l’égalité des sexes qui est souligné ici et marque l’amour que porte Romero pour les personnages de femmes fortes et encore une fois, du personnage « black » à travers Peter , l’enfant du ghetto. Lucide et déterminé, c’est le chef du groupe par son expérience et son habileté.
C’est avec énormément d’émotion qu’il abat les zombies, pour la plupart noir, dans la cave de l’immeuble et lorsque en fuyant on lui demandera s’il abandonne des proches, il répondra « plusieurs frères » comprenez ses frères de couleurs.
Le racisme est pointé du doigt à travers le personnage de Wooley qui ne cesse de déverser sa haine raciale dans la seconde séquence, lors de l’assaut d’un immeuble par les forces spécial. Il ne cessera de proférer des insultes racistes pendant l’intervention (" saloperie de portoricains et de nègres "), de manifester sa jalousie (" ils vivent comme des rois alors que je croupis dans une grotte ") et profitera du chaos ambiant pour faire des cartons sur les habitants.
C’est ici la classe pauvre (que les zombies représentent) face à un état répressif qui est ainsi évoqué. Plus qu’un racisme ordinaire, le personnage de Woolley représente la folie meurtrière dans tout ce que cela a de plus abjecte. A croire qu’il déverse toute sa peur et sa colère contre les minorités qui peuplent cet immeuble peut être pour la contrer face à l’invasion inattendu qui a lieu un peu partout dans le monde.
C’est d’ailleurs à cause de la présence de cadavres cachés dans les caves que cette opération commando a lieu. Dans un espoir un peu vain d’enrayer le mal, la séquence adopte un style très western, avec ce Martinez, qui ressemble fort à un Indien.
C’est une séquence d’action assez forte, très découpé et qui dans sa deuxième partie nous montrera enfin les fameux zombies. Dans un étalage de violence et de gore, même certains policiers auront du mal à garder leurs nerfs solides. On assistera à travers le regard de Roger au suicide d’un jeune flic. La plupart semblent prendre conscience de l’horreur de leur mission, de leur « sale besogne » comme il le sera répété à trois reprises, qui consiste à nettoyer l’immeuble des morts que ses habitants n’ont pas livrés à la destruction. En refusant d’obéir aux ordres du gouvernement, ils se sont fait en quelque sorte hors la loi, malgré la compréhension de leur geste. « Ils honorent leur mort avec tout le respect qui leur est du » dira Peter à Roger dépassé par les événements.
C’est au sous-sol de cet immeuble que la première rencontre entre Peter et Roger a lieu, celle du blanc et du noir. Et c’est ici que les tensions vont s’estomper car les deux hommes comprennent vite l’enjeu de rester soudé alors qu’ils envisagent leur fuite.
Cette séquence de dialogue est comme une pause, presque intimiste après l’horreur vue jusqu'à présent. Dans ce monde de chaos et de destruction, ces deux hommes envisagent un avenir, ou tout du moins une vie meilleure. Ils sont interrompus par l’arrivée subite du prêtre noire. Son apparition est brusque et inattendu. Sortant de la brume, son statut d’homme d’église ajoute un aspect surnaturel. Il semble que ce personnage fait le lien entre la classe pauvre et minoritaires (il est noir) et les zombies qui pullulent dans l’immeuble. En effet son aspect chétif et son corps mutilé le rapproche physiquement de la race « zombie ». Ses paroles prennent un sens prophétique « quand les morts se mettent à marcher, mieux vaut s’abstenir de tuer ou on est perdu d’avance ». Et plus tard en une phrase il fera le lien entre les pauvres et les zombies : « vous (la police) êtes plus fort que NOUS (les pauvres, les minorités) mais bientôt les plus forts ce sont EUX (les zombies). Le zombie apparaît comme outil de la vengeance contre la société qui ne cesse de les bafouer et les mettre à l’écart.
Car le film dénonce entre autre l’incapacité des hommes à gérer la situation en période de crise. La scène dans le studio de télévision en dit long. Elle ouvre d’ailleurs le film sur le visage de Fran endormie en train de faire un cauchemar. Cruelle ironie car c’est en se réveillant qu’elle y entre dans le cauchemar. Sous la musique apocalyptique des Goblins, on assiste à la chute du monde où la cacophonie et la pagaille règnent en maître. Des techniciens quitte leur poste, l’enregistrement de l’émission est constamment saboté par l’intrusion de personnel sur le plateau et les informations sur la situation nous sont données par bribes. Nous ne saurons jamais ce qui se passe à travers le monde mais l’image de ce studio de télévision reflète une image apocalyptique où il n’y a plus de loi ni morale, ce que semble devenu l’humanité entière.
C’est pendant la fuite des quatre personnages en hélicoptère qu’on aura une vision globale de la situation en Amérique. L’American Way of life dans toute sa splendeur par ses miliciens hirsutes et gorgés de bière qui prennent les armes, encadré par la police et l’armé, pour faire des cartons sur les zombies. Festif et paillarde, cette séquence filmé caméra à l’épaule est quasi documentaire. Elle est à l’opposé des séquences précédentes où même les policiers y perdaient leurs âmes. Ici la population prend un plaisir certain dans leur besogne, on élimine du zombie comme on dégomme des canards en plastique dans une fête foraine, entre des bières et du café. Les fines gâchettes de l’ouest ont trouvé un nouveau terrain de jeux.
Mais, là où la vraie critique, la vraie satire de Romero fait rage, c’est dans le centre commercial. Nos quatre fuyards vont finalement trouver refuge dans l’endroit idéal : le temple de la surconsommation. Hanté par des hordes de zombies, qui errent dans les rayons uniquement par réflexe inconscient. « Cet endroit tenait une place importante dans leur vie » dira Stephan à Fran qui s’étonne de la présence d’autant de zombies. George Romero utilise le surnaturel pour nous renvoyer en pleine figure ce que nous sommes tous. Des âmes errantes obnubilés par les objets bien emballés derrière de si belle vitrine que nous propose cette société capitaliste.
Le matérialisme de l’homme l’a fait perdre son âme, son cœur et ses entrailles et nos quatre héros ne vont pas y échapper. Venu à la base chercher du ravitaillement ils décident au final de s’installer dans cet « mine d’or » qu’offre le centre commercial. Fini les luttes et le combat, ils préfèrent se barricader et fermer les yeux sur les problèmes du monde. Plusieurs séquences les montrerons se pavaner devant les bijoux, les vêtements, le matériel qu’offre à foison le magasin. Ils s’installent dans un confort et se laissent posséder par les charmes du lieu. Une séquence est parlante lorsque qu’ils théâtralisent la surconsommation en faisant mine d’acheter des tas d’articles en les passant dans une caisse enregistreuse. Puis pour se décontracter du stress des courses, ils vont se détendre dans des salles de jeux vidéo, à la patinoire ou se refont une beauté dans un salon de coiffure. La séquence où Fran se maquille comme une pseudo Bonnie Parker la fait ressembler à une femme de la très haute bourgeoisie. C’est d’ailleurs elle-même qui aura un éclaire de lucidité en renvoyant à stephane que tout ceci est faussé. En effet ils ne sont que des intrus et combien de temps comptent-ils rester dans ce centre ? La nourriture bien qu’abondante va finir par périmé et que feront ils si l’électricité est coupé ? Ils n’ont pas l’air de se rendre compte qu’ils ne pourront de toute façon rester bien longtemps, de plus la révolte est en marche. Ceux qui n’ont pas le droit d’entrer, les pauvres, les parias de plus en plus nombreux sont là. Romero nous le rappelle de façon abrupte et efficace lorsque Peter laisse tomber une balle de tennis du toit de l’immeuble et s’en va rebondir vers une horde de zombie en train de s’agglutiner aux portes de leur temple. Mais ces morts ne sont pas assez fort et encore moins malin pour pénétrer dans cette forteresse, cette tache incombe à une autre race d’exclus, les Hell’s angels. Des pillards armés et motorisés qui, contrairement à nos héros, ne se laissent pas séduire par le matérialisme. De part leur nature ils ont toujours refusé la société capitaliste et s’ils décident d’entrer en force dans le centre commercial ce n’est pas pour profiter de ses avantages finalement, mais pour tout saccager. Au grand désespoir de Stéphane qui, en quelque sorte devenu égoïste (il refuse de partager ses biens) deviendra lui-même Zombie, conduisant ses nouveaux frères de sang vers désormais le bien le plus précieux : la chaire humaine, celle de ses anciens compagnons en l’occurrence.
Ce qui faisait le refuge idéal va au final se transformer en piège pour les survivants qui n’auront d’autre alternative que, une nouvelle fois, la fuite vers l’inconnu. Tel Adam et Eve chassé du jardin d’Eden, ce couple mixte offre une lueur d’espoir pour l’avenir de l’humanité.
Trois versions du film existent et sont désormais disponibles en dvd. La version la plus complète dont Romero est le plus satisfait est le director’s cut d’une durée de 2h19. Hormis l’ajout de scènes gores et humoristiques, c’est la version qui prend le plus son temps et qui donne une épaisseur inédite aux personnages. Les deux autres versions, plus célèbres, sont les montages américains et européens. La version américaine, d’une durée de 2h06, et la version européen, supervisé par Argento, est quant à lui le plus court (1h57) et le plus expéditif.
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